''La confiance du coach m'a aidé''

Ludovic Blas

Arrivé au FC Nantes cet été lors du dernier jour du mercato, Ludovic Blas confirme toutes les belles promesses placées en lui. Joueur fin techniquement, l’ancien guingampais est monté en puissance au sein de l’effectif jaune et vert. Rencontre avec le joueur de 22 ans.

Ludovic, où et quand as-tu débuté le football ?

"J’ai commencé à l’âge de 6 ans au FC Domont, dans le Val d’Oise. Entre 2005 et 2009, j’ai joué pour le FC Rambouillet, dans les Yvelines avant de signer au FC Montrouge parce que j’habitais à côté, à Châtillon (Hauts-de-Seine). C’est à partir de là que je me suis dit que je voulais faire du football toute ma vie."

Comment s’est passée ton enfance en région parisienne ?

"J’étais assez turbulent mais j’aimais beaucoup rire, jouer, embêter les gens (il sourit). Avec l’âge, on se calme un petit peu. Concernant l’école, sincèrement, je n’étais pas fan mais quand j’ai su que je n’avais pas le choix pour entrer dans un centre de formation, là, je me suis vraiment mis au travail. Je me souviens des détections à Guingamp. Ils m’ont dit oui mais mon bulletin était trop juste. J’ai donc un peu été mis sous pression."

As-tu toujours été attiré par le domaine offensif ?

"Oui, j’ai toujours aimé ça, même si j’ai changé de poste à de nombreuses reprises. J’ai été formé comme meneur de jeu, mais j’ai aussi connu les côtés et même le poste de milieu défensif. Chez les jeunes, je marquais pas mal. J’ai souvenir d’une année avec les U17 Nationaux à l’En Avant Guingamp où je jouais milieu défensif et parfois meneur de jeu, j’ai marqué 26 buts et fait 10 passes décisives."

“En réserve, j’étais confronté à des pères de famille ou des joueurs expérimentés qui avaient parfois, deux fois mon âge.”

En arrivant Ă  Guingamp, as-tu ressenti le manque de ta famille ?

"Franchement, c’était vraiment difficile. Je suis très proche de mes parents et de mon grand frère. Quitter ma famille pour arriver là où je voulais aller, c’était pour moi le plus gros des sacrifices."

D’autant plus que tu arrives à Guingamp, ville de 7000 habitants... Un autre monde comparé à ce que tu as connu avant !

"Je suis arrivé à la gare de Guingamp en 2012 je me suis dit : « Mais où est-ce que je suis là ? ». J’avais du mal à imaginer qu’ici, il y ait un club professionnel. C’était la première fois que je découvrais la province. Je n’étais jamais sorti de la région parisienne."

Tout a été très vite à Guingamp pour toi...

"Je suis arrivé en U17 DH et je connaissais déjà pas mal de joueurs d’Île-de-France donc ça a facilité mon intégration et on a vite noué des liens. Dès ma deuxième année, j’ai repris l’entraînement avec les U19 Nationaux. À partir de là, même si je redescendais parfois avec les U17 Nationaux, je n’ai jamais vraiment quitté le groupe U19. Ensuite, j’ai pu faire quelques entraînements avec les professionnels mais je jouais le week-end soit en U19, soit avec la réserve. J’ai d’ailleurs joué très tôt avec cette équipe."

Tu signes ton contrat professionnel en 2015, Ă  seulement 17 ans...

"J’avais quelques entraînements avec les professionnels. À Guingamp, on s’entraînait au Roudourou et tant que l’on n’avait pas signé notre contrat, on avait le droit au vestiaire des arbitres ! Ce jour d’octobre 2015 restera un vrai beau souvenir."

Justement, qu’est-ce que cette équipe a pu t’apporter ?

"Il faut passer par là. En jeunes, je ne jouais qu’avec des joueurs de mon âge. Mais en réserve, j’étais confronté à des pères de famille ou des joueurs expérimentés qui avaient deux fois mon âge. C’est à ce moment précis que j’ai appris certaines choses et c’est en montrant que j’avais le potentiel pour rivaliser avec les adultes que j’ai commencé à avoir ma chance en professionnel."

Te souviens-tu de tes débuts en professionnel et de ton premier but ?

"Oui, j’ai débuté en décembre 2015, sur la pelouse de Bordeaux, en étant titulaire et en jouant toute la rencontre. J’ai ensuite joué contre Montpellier, toujours à l’extérieur et lors de mon premier match au Roudourou, face à Troyes (le 3 février 2016), j’ai la chance d’inscrire mon premier but en professionnel. Je rentre à un peu plus de dix minutes de la fin, côté droit, face à un certain... Charles Traoré (rires) et je marque sur ma deuxième action. Ce n’était pas le plus dur mais il fallait y être ! Le lendemain, j’avais école. Incroyable."

Tes belles performances t’ouvrent les portes les de l’Equipe de France U19, après une sélection en U17...

"Ludovic Batelli est arrivé à la tête de cette équipe. Il ne m’a pas pris tout de suite mais une fois que j’ai intégré l’équipe, je ne l’ai plus jamais quittée. Je connaissais tous les joueurs et il y en avait beaucoup de la région parisienne. En voyant la finalité de cette année, je me dis que c’est beau. Je n’étais pas forcément dans les petits papiers au départ mais en mai, on est allé faire un tournoi en Corée du Sud et j’ai marqué des points en finissant meilleur buteur."

Buteur, tu le seras aussi lors du sacre des Bleuets à l’Euro en Allemagne, quelques mois plus tard...

"Je n’ai pas joué le premier match comme titulaire, mais par la suite, j’ai toujours fait partie du onze de départ. On a fait un super parcours et tout ça s’est conclu avec le titre au bout. J’ai eu la chance de marquer en finale (4-1 face à l’Italie), ça restera un moment très intense."

Que vas-tu retenir de tes années à l’En Avant ?

"J’ai passé sept ans à Guingamp et j’y ai vécu énormément de choses. On est arrivé en quart de finale de la Coupe Gambardella (2015), ce qui n’était plus arrivé depuis de nombreuses années. Ensuite, avec Marcus (Coco) on a réussi à s’ouvrir les portes de l’effectif professionnel et mis à part un joueur comme Giannelli Imbula, très peu de joueurs étaient parvenus à y arriver. J’ai évidemment passé de bons moments, comme des moins bons. Je suis passé du jeune du centre au « Prince du Roudourou » (surnom donné par les supporters, ndlr)... C’est fantastique et c’était dur de partir."

Tu es arrivé cet été dans les dernières heures du mercato. Comment as-tu vécu cette attente ?

"Ça a été très long. Même si Guingamp s’était maintenu, j’aurais demandé à partir. Comme la Ligue 2 reprenait plus tôt, on a effectué une reprise très rapide. Mais comme quoi, le mercato se joue jusqu’au bout et je suis heureux du dénouement."

Rester en Ligue 1, c’était important ?

"Je voulais rester au haut niveau pour continuer ma progression et montrer que j’ai les capacités pour performer à ce niveau."

“Mon premier but en L1 avec le maillot jaune contre Saint-Etienne a tout déclenché.”

Performer, c’est un verbe qui te correspond bien cette saison !

"J’ai eu du mal au début mais je pense que ça peut se comprendre. J’arrivais dans un nouvel environnement et c’était la première fois que je changeais de club. J’ai eu du mal, sincèrement. Mais ce qui m’a aidé, c’est la confiance du coach. Mes premiers matches n’étaient pas très bons mais il m’a toujours fait jouer alors qu’il avait la possibilité de me sortir. La première fois que j’ai vraiment pris du plaisir, c’était face à Nice (1-0, 5 octobre). Et mon premier but en L1 avec le maillot jaune contre Saint-Étienne (2-3, 13ème journée) a aussi tout déclenché."

Dans quel rĂ´le penses-tu ĂŞtre le plus efficace ?

"Je préfère être au cœur du jeu pour toucher plus de ballons, c’est évident. J’aime prendre les rênes, décider et aider l’équipe à avoir le ballon. Après, sur un côté, c’est différent mais ça peut aussi me correspondre car je suis souvent amené à rentrer dans l’axe pour proposer des solutions."

Tu es très proche de Marcus Coco. Comment l’as-tu accompagné tout le temps de sa blessure et de sa rééducation ?

"Même lorsque j’étais encore à Guingamp, j’ai pris le temps de venir le voir ici à Nantes. Avec des amis, on essayait de faire des allers-retours pour ne pas le laisser seul. Il savait très bien ce qui l’attendait. Mais être près de lui dès son opération par exemple, c’était important. C’est sûrement la pire blessure de notre sport donc il fallait le soutenir, surtout qu’il venait d’arriver ici. Je regardais le match devant la télé le jour de sa blessure et j’étais dégoûté pour lui."

Que penses-tu du soutien affiché par les supporters et de l’ambiance à domicile ?

"C’est incroyable. J’étais déjà venu ici avec Guingamp et je n’avais pas passé un bon moment puisque je n’ai jamais gagné ici (il sourit). Après, je suis quelqu’un qui aime bien communier avec les supporters. Ils viennent nous voir pour nous supporter et les rendre heureux, c’est important pour moi."

Par M.G