''Une décision de bon sens''

Christian Gourcuff

Suite aux différentes annonces d'hier soir et de ce matin, de la part du Président de la République française, Emmanuel Macron, de la FFF et de la LFP, Christian Gourcuff s'est exprimé cet après-midi depuis la Jonelière. Le technicien jaune et vert voit notamment la suspension des compétitions comme une mesure de bon sens, avant d'évoquer le planning des jours et des semaines à venir. Retour.


LE PROGRAMME DES PROCHAINS JOURS

Christian GOURCUFF : "Dans l’immédiat, il y a un entrainement cet après-midi. Pour la fin de semaine, rien n’a changé. Demain, nous ferons une opposition interne de quatre-vingt dix minutes, avec le reste de l’effectif. Ça remplacera quelque peu le match de demain soir. J'avais prévu deux jours de repos en comptant dimanche et nous allons les préserver. La reprise s'effectuera donc mardi matin. Nous allons également charger le programme d’entraînement jusqu’à vendredi soir, avant de laisser aux joueurs un week-end de deux jours pour récupérer."

L'ARRÊT DES COMPÉTITIONS

"C’est une question de bon sens mais aussi d’harmonie. On voit bien qu’il y a eu des décisions en cascade et pour une certaine cohérence, il fallait tout arrêter. Indépendamment de l'aspect du huis-clos, qui n’était pas vraiment intéressant, la situation actuelle imposait que la compétition soit arrêtée, au niveau amateur, des jeunes et du monde professionnel évidemment. On voit bien qu’au niveau international, il y a eu cet effet boule de neige et tout le monde a décidé d'arrêter de jouer."

MAINTENIR LA MOTIVATION DES JOUEURS

"On se fixe le 15 avril comme date de reprise de la compétition, même s'il y a une incertitude. C’est d'ailleurs plus cela qui est déstabilisant pour le groupe. On va utiliser ces quatre semaines d'entraînement pour faire de la régénération, en individualisant un peu plus les séances car tout le monde n'a pas le même besoin. Nous allons aussi en profiter pour se « rebooster » un peu et revoir les fondamentaux tactiques. Ce sont des choses qu'on ne peut pas faire lors des semaines classiques donc finalement, ça devrait ressembler à une mini préparation. Le danger, c'est qu'une certaine lassitude s'installe mais c'est pour cela que nous allons diversifier les activités, tout en laissant des week-ends de deux jours pour s’aérer la tête et l'esprit. Lorsque les joueurs sont au centre d'entraînement, ça va, parce qu'il sont dans un cercle à priori sain mais évidemment, il faudra qu'ils se confinent chez eux et limitent les sorties afin de ne pas être contaminés. Offrir des vacances aux joueurs, c'est risqué d'un point de vue de l'épidémie mais aussi de l'entraînement."

PAS DE STAGE DE PRÉVU ?

"Surtout pas ! On va rester à la Jonelière, s'enfermer plus que s’ouvrir, c'est une évidence."

PAS DE COUPURE À NANTES

"Une coupure n'a pas du tout été envisagée. Au-delà de l'aspect des entraînements et même s'il y a du temps pour ce remettre dedans, on ne sait pas comment on peut récupérer les joueurs. En coupant, il y a plus de risques de désentraînement que d'effets bénéfiques et surtout, sur le plan médical, laisser les joueurs huit jours dans la nature, ça multiplie les risques d'une contamination car les garçons vont se déplacer et donc être potentiellement confrontés au virus."

LA CRAINTE D'UNE FIN DU CHAMPIONNAT ?

"Sincèrement, et comme j'ai pu le dire hier, le football n’est pas tellement important face à ce contexte. Cette épidémie permet également de relativiser beaucoup de choses. Il y a une urgence, qu'il faut gérer. Après, le reste, on verra en temps et en heure. Tous ces aspects paraissent dérisoires et secondaires par rapport à la gravité de la situation."

LES SOUVENIRS DU VIRUS EBOLA EN AFRIQUE

"En ce qui concerne le virus Ebola, il était très localisé en Afrique de l'Ouest, sur certains pays. Il y avait eu un blocus et nous, en Algérie, nous n'avions pas vraiment été confrontés à ça. Je me souviens, la période correspondait à la CAN 2015 et le Maroc avait refusé d'organiser cette compétition qui s'était finalement déroulée en Guinée-Équatoriale."

DES MESURES PARTICULIÈRES MISES EN PLACE ?

"indépendamment des aspects concernant l'hygiène et de ne pas se saluer de trop près, la mesure essentielle concerne plus l'isolement. Il ne s'agit pas de se rassembler, au contraire."

LA SITUATION LA PLUS SURRÉALISTE DE LA CARRIÈRE ?

"C'est un cas unique et comme j'ai pu le dire, on relativise pas mal de choses, comme les résultats, qu'on peut parfois avoir tendance à dramatiser. On se rend compte que la vie c'est autre chose et pour ça, ça ferait "presque" du bien."

DES ÉCHANGES ENTRE LES ENTRAÎNEURS DE L1 ?

"Non, parce que chacun a ses convictions. Les décisions sont prises en interne dans les clubs. Personnellement, j'ai pu échanger avec le Président et Franck Kita. Nous sommes complètement en phase au niveau du Club. Après, ce que font les autres, ça ne nous concerne pas. Je sais tout de même que l'UNECATEF (Union Nationale des Entraîneurs et Cadres Techniques professionnels du Football) a voulu connaître la position des uns et des autres mais via les conférences de presse d'avant-match, on a pu s’exprimer. Sans se concerter, tout le monde a vu une certaine harmonie dans nos discours alors que les décisions n'étaient pas encore prises."

Par M.G, C.P & J.J