21 janvier 2020

''Emiliano, c'Ă©tait comme mon fils''

Marcelo Vada

Père de Valentin Vada, footballeur professionnel passé comme Emiliano Sala par le Proyecto Crecer, centre de pré-formation en Argentine, Marcelo Vada représentait énormément pour l’attaquant nantais. Plus qu’un entraîneur, il était comme un père pour lui. Un an après la tragique disparition de l’ancien numéro 9 du FCN, c’est depuis sa terre natale et avec beaucoup d’émotion qu’il se confie.

Que représentait Emiliano pour vous ?

Marcelo VADA : "C’est comme si c’était mon fils aîné, comme s’il était le frère de Valentin. On a beaucoup pleuré. Il partait en vacances avec nous, il a habité chez nous durant plusieurs années à Bordeaux. Il nous manque beaucoup et je ne sais pas pourquoi Dieu permet de telles choses. Je ne comprends pas mais on se bat tous les jours pour lui, parce que c’était un guerrier."

Quand avez-vous fait connaissance avec lui et dans quelles circonstances ?

"J’ai connu Emiliano a son arrivée au Proyecto Crecer, à l’âge de 14 ans. J’étais alors éducateur là-bas, lorsque c’était une filiale des Girondins de Bordeaux. Je l’ai entraîné jusqu’à l’âge de 18 ans au Proyecto, avant de le faire débuter à la Juventud Guadalupe. Tous les jeunes de cet âge ne sont pas forcément armés pour rejoindre la France et Bordeaux. Le Proyecto Crecer et la Juventud Guadalupe avaient signé un accord pour que les jeunes joueurs puissent jouer en première division. Malheureusement à ce moment-là, l’équipe n’était pas en D1. Emiliano a dû aller jouer un an et demi avec le Recreativo Las Petacas. Ensuite, il est revenu à la Juventud Guadalupe pour deux saisons.
À l’âge de 20 ans, il est arrivé en Gironde et nous sommes venus avec ma famille à Bordeaux en février. Emiliano, lui, était arrivé le 17 septembre là-bas. À cet instant, Valentin, mon fils, n’avait que 14 ans mais pour nous, c’était une très belle opportunité de rejoindre la France et de le retrouver."

En avez-vous voulu aux Girondins de n’avoir jamais vraiment donné la possibilité à Emiliano de s’exprimer ?

"Combien de fois j’ai pu leur dire : « Jamais donc, vous ne donnerez la chance à Emiliano ? Donnez lui sa chance et vous verrez. Il vous apportera satisfaction. » Mais personne n’a rien voulu entendre. Une fois bien installé à Nantes, il a su prouver."

Que retenez-vous de lui sur un terrain ?

"Il montrait beaucoup de générosité, faisait preuve d’une grande force et quand on croyait qu’il était fatigué, il prouvait toujours le contraire. Il n’abandonnait jamais, jouait le dernier ballon du match comme si c’était le premier. C’est un modèle dans le travail et dans l’humilité. Alors oui, ce n’était pas le plus technique mais c’était le plus généreux de tous. Je l’ai toujours affirmé : « Emiliano, il a un but dans sa tête. » Il ne voyait que ça, n’était obsédé que par ça."

Malgré la distance entre Bordeaux et Nantes, était-il possible que vous vous retrouviez ?

"Quand je venais à Nantes avec les jeunes de l’Académie de Bordeaux, Emiliano venait toujours me voir, toujours. C’était très important pour lui, pour moi. On discutait ensemble et ça nous faisait du bien de nous retrouver."

Étiez-vous surpris de le voir à un tel niveau lors de la première partie de saison 2018-2019 ?

"Non, absolument pas. Personne ne croyait plus en Emiliano que moi car je le connaissais par cœur. Il allait toujours à l’entraînement avec l’envie de progresser, de s’améliorer. En match, s’il arrivait à marquer plusieurs buts, il pensait tout de suite au suivant qu’il pouvait inscrire. Je me souviens d’une rencontre à Nantes, face aux Girondins dont faisait partie mon fils Valentin. Bordeaux s’était imposé 1-0 et il n’avait pas pu marquer. Il est sorti du terrain et il pleurait, comme un petit garçon. Ça veut dire que c’était un joueur sur qui l’on pouvait toujours compter. Alors oui, ce n’était pas Mbappé, ni Neymar mais pour moi, ce n’est pas une surprise de l’avoir vu évoluer à ce niveau."

Que vous avez-t-il dit sur sa future première en Angleterre ?

"Il ne se passait pas un jour sans qu’il me téléphone. Le jour où il est parti, il m’a appelé pour me dire qu’il pouvait m’avoir des places pour aller le voir jouer à Arsenal, pour ses débuts avec Cardiff. Pour rire, je lui ai dit que s’il me les offrait, je venais, sinon, non. Et tout le monde sait ce qu’il s’est passé après. C’est terrible."

On imagine que ça a été un énorme choc...

"Ça a été un drame pour ma famille et moi. Pour mon fils, Valentin, ça a été vraiment dur. Même aujourd’hui encore, il pleure son « frère », Emiliano. Mais on essaie d’avancer."

Qu’auriez-vous aimé pour lui, pour la suite de sa carrière ?

"Je suis sûr que s’il n’avait pas disparu, il serait aujourd’hui dans une équipe majeure en Angleterre. En France, il réalisait de grandes choses dans un championnat où les occasions se font rares. En Premier League, il y a au moins dix occasions franches pour marquer lors de chaque match. Je l’ai toujours dit, pour moi, Emiliano aurait été à son meilleur niveau en Angleterre ou en Allemagne, deux championnats où il y a de nombreuses situations. Malheureusement, Dieu n’en a pas voulu ainsi. Peut-être qu’il l’aime plus que nous et qu’il a voulu d’Emiliano à ses côtés."

Par M.G